Utilisation d’Internet : De minuscules traceurs « espions » introduits dans les boîtes mail

Depuis le début du mois de juillet, les emails évoquant des pixels « espions » ou des pixels « de suivi » se multiplient dans les boîtes de réception. Invisibles à l’œil nu, ces minuscules traceurs permettent aux entreprises de savoir si, quand et parfois même d’où leurs messages sont ouverts.

Au milieu des newsletters et des publicités, un nouveau type de courriel attire désormais l’attention : « Information sur l’utilisation des pixels de suivi dans nos emails », « Mise à jour de notre politique de traceurs » ou encore « Votre choix concernant les pixels de suivi ». Renault, Radio France, Crédit Agricole ou Canal+ ont ainsi prévenu leurs abonnés ces derniers jours. Mais que sont ces fameux pixels ?

« Non, je ne connaissais pas du tout », répond spontanément Fael lorsqu’on l’interroge sur ces traceurs. Les emails, en revanche, ce saisonnier de 28 ans les a bien reçus. « Je me suis juste dit que c’était une nouvelle norme européenne et que les grandes entreprises devaient prévenir d’un changement. Je n’ai pas cherché plus loin. »

Comme lui, de nombreux internautes découvrent l’existence de ces pixels à l’occasion de cette vague de messages. Si les entreprises communiquent toutes en même temps, ce n’est pas un hasard. Elles avaient jusqu’au 14 juillet pour se conformer à une recommandation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) leur rappelant qu’elles devaient informer les utilisateurs et recueillir leur consentement avant d’activer ces traceurs.

Des mouchards invisibles

Si vous n’en aviez jamais entendu parler, ni même remarqué leur présence, rien d’étonnant. Les pixels de suivi, parfois surnommés « pixels espions », sont totalement invisibles pour les internautes.

« C’est un petit carré blanc fondu dans le mail. C’est pour ça qu’on ne le voit pas », résume Damien Bancal, journaliste et spécialiste de la cyberintelligence. D’ailleurs, tout est dans le nom : un pixel est tout simplement la plus petite unité qui compose une image sur un écran.

Pourtant, ce minuscule fichier est capable de transmettre plusieurs informations. Le fondateur du blog Zataz poursuit : « Il permet à la personne qui vous envoie le courrier électronique, souvent une société de marketing, de récupérer des informations sur vous. »

Et c’est assez simple. Lorsqu’un email contenant un pixel de suivi est ouvert, la messagerie charge automatiquement cette image depuis un serveur distant. Ce simple échange suffit à transmettre plusieurs données : le navigateur utilisé, la date et l’heure d’ouverture du message ou encore l’adresse IP de l’utilisateur. Dans certains cas, ces informations permettent aussi d’estimer une localisation approximative. «Qu’ils sachent si j’ai ouvert le mail, ça m’est égal. En revanche, ma localisation, je trouve ça limite », confie Florine, étudiante en première année de master.

Le traçage, un rouage discret d’Internet

Ces pixels existent depuis les débuts du marketing par courrier électronique et s’inscrivent dans une famille plus large : celle des techniques de traçage. À l’image des cookies déposés sur les sites internet ou des liens de suivi intégrés dans certains courriels, ils permettent aux entreprises de mieux comprendre les habitudes de navigation et de consommation de leurs utilisateurs.

« Ce qui est terrible, c’est que le tracking fait partie du fonctionnement même d’Internet», explique le spécialiste. Ouvrir un compte, recevoir une newsletter ou simplement naviguer sur un site implique déjà une forme de suivi. Pour lui, le problème ne réside pas dans le traçage en lui-même, mais dans les usages qui peuvent en être faits, notamment à des fins commerciales. « Le tracking c’est aussi pourquoi Damien, le 21 juillet à 11h33, visite ce site-là et qu’est-ce qu’il a été visité ? »

Les entreprises, de leur côté, mettent en avant un tout autre objectif. Dans un courriel adressé à ses abonnés, Radio France explique que ces données permettent notamment de « vérifier que nos newsletters vous intéressent toujours», « ajuster la fréquence » des envois ou encore « proposer des contenus pertinents ». Renault affirme, de son côté, vouloir «éviter les sollicitations inutiles » et « améliorer la qualité » de ses communications.

Pourquoi tout le monde en parle aujourd’hui ?

« Ce qui est important aujourd’hui, c’est qu’on nous dit enfin que l’on peut exercer son droit de les accepter ou de les refuser », souligne Damien. Les entreprises avaient jusqu’au 14 juillet pour appliquer une recommandation publiée trois mois plus tôt par la CNIL.

Le régulateur français leur demandait d’informer clairement les utilisateurs de l’utilisation de ces traceurs et de recueillir leur consentement avant leur activation.

Désormais, les internautes peuvent s’opposer à ce suivi directement depuis les liens présents dans les courriels reçus ou en modifiant leurs préférences de confidentialité sur les sites des envoyeurs.

Il est également possible d’agir directement depuis sa messagerie. Certaines comme ProtonMail affichent un message indiquant que le pixel n’a pas été chargé afin de protéger la vie privée de l’utilisateur.

Source : Rfi