Politique, écrivain, logisticien, chroniqueur, mécène, promoteur culturel et acteur social, Yaya Fofana cultive un profil qui échappe aux catégories habituelles. Président du MFA et figure issue de la famille politique du RHDP, il s’est également signalé en 2025 par une double candidature, à la direction du parti face à Alassane Ouattara et à l’élection présidentielle d’octobre. Derrière cette trajectoire, trois mots reviennent comme une ligne de conduite revendiquée : vérité, justice et partage.

Originaire de Daloa, Yaya Fofana appartient à cette génération d’acteurs publics ivoiriens dont l’itinéraire s’est construit entre administration, entreprise, politique et société civile. Ingénieur commercial spécialisé en marketing et management, il a exercé différentes responsabilités dans l’administration ivoirienne, notamment dans les domaines de la reconstruction et de la réinsertion, de la communication, de l’artisanat, des PME et du service civique.
Mais son parcours ne s’arrête pas aux bureaux de l’administration. Professionnel de la logistique, de la manutention et du transport, il connaît également les réalités des corridors ouest-africains, du transport de marchandises conteneurisées et des échanges entre les ports de la façade maritime et les pays de l’hinterland. Une expérience économique de terrain qui lui donne un autre angle de lecture sur l’intégration régionale, la compétitivité et les difficultés auxquelles sont confrontés les opérateurs africains.
Du communicant au président de parti
La politique demeure cependant le terrain sur lequel son nom s’est progressivement installé. Au MFA, Yaya Fofana gravit les différents échelons de responsabilité. Secrétaire général adjoint, conseiller spécial, porte-parole puis vice-président, il accède à la direction du Mouvement des Forces d’Avenir.
Son itinéraire est aussi lié à celui du RHDP, dont le MFA est l’une des formations ayant participé à la création de l’alliance en 2005. Yaya Fofana y exerce plusieurs responsabilités, notamment celles de membre du directoire, de vice-président chargé du Comité de mobilisation et d’animation, de vice-président de la Commission communication et porte-parole adjoint, puis de membre du Bureau politique. Il a également exercé les fonctions de conseiller municipal à Daloa.
À la présidence du MFA, il développe un discours articulé autour de la paix, du dialogue, de la jeunesse, de la citoyenneté, de la gouvernance et de l’unité nationale. Mais il insiste également sur une question plus sensible, celle du respect des textes, de l’histoire et de la place des différentes composantes de la famille houphouëtiste.
2025, le pari de la double candidature
C’est probablement l’épisode politique qui marque le plus fortement son parcours récent. En juin 2025, Yaya Fofana décide de se positionner sur deux fronts simultanément.
D’un côté, il annonce sa candidature à la présidence du RHDP et se positionne face à Alassane Ouattara dans le débat sur la direction du parti. De l’autre, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle ivoirienne d’octobre 2025.
Le geste est politiquement fort. Il ne s’agit plus seulement pour le président du MFA de réclamer une meilleure représentation de sa formation. En contestant le fonctionnement interne du RHDP et en demandant l’application de ses procédures statutaires, Yaya Fofana place la question de la démocratie interne au cœur du débat. Sa candidature présidentielle annoncée élargit ensuite son discours à la gouvernance nationale, à la jeunesse, à la justice, au développement économique, à la cohésion nationale et aux institutions.
Quelles qu’aient été les suites politiques de cette double candidature, l’épisode révèle un trait de son positionnement : accepter d’ouvrir le débat là où d’autres préfèrent parfois le consensus silencieux.
L’homme politique qui écrit
Chez Yaya Fofana, la politique passe aussi par les livres. Écrivain et essayiste, il transforme plusieurs de ses expériences et interrogations en matière littéraire. Gouvernance, citoyenneté, histoire politique, logistique, identité, migrations, fraternité et mémoire ouest-africaine constituent autant de territoires explorés.
Avec Le Royaume sans frontières – Le Serment du Djassa, publié en 2026 aux éditions Barrow, il plonge dans les anciennes routes commerciales, les migrations, les alliances et les brassages qui ont façonné l’Afrique de l’Ouest. Derrière le roman apparaît une interrogation contemporaine : que valent les frontières héritées de l’histoire face aux liens humains, culturels et économiques qui unissent depuis des siècles les peuples de la région ?
Cette réflexion se prolonge dans plusieurs ouvrages consacrés à la politique, à la société, au transport et à la mémoire, parmi lesquels RHDP – Revenir à l’essentiel pour durer demain, Transport & Logistique en Afrique de l’Ouest, La Bataille des Corridors, Femme africaine, lumière du monde, Hôrônya – La Patrie que l’on choisit ou encore DJASSA – La Civilisation de la Fraternité.
Une voix dans les médias, mais aussi un soutien aux médias
Une autre facette mérite d’être davantage connue. Yaya Fofana est aussi un chroniqueur engagé dans les médias. La communication n’est pas chez lui une activité périphérique. Elle traverse son parcours professionnel, administratif et politique.
À travers ses chroniques et interventions, il prend position sur les grandes questions politiques, économiques, sociales et citoyennes. Le média devient alors pour lui un espace de débat, de contradiction et de transmission des idées.
Mais son rapport à l’univers médiatique ne se limite pas à prendre la parole. Il s’investit également dans le mécénat et le soutien à des initiatives médiatiques, avec une attention portée à la production de contenus et à l’émergence de nouvelles voix. Dans un paysage médiatique confronté au défi du financement et de la transformation numérique, cette dimension ajoute une autre facette à son profil.
Culture et musique, l’autre terrain d’influence
Yaya Fofana investit également le champ culturel et musical. Il considère la création artistique non seulement comme un divertissement, mais comme un moyen de transmettre une mémoire, de parler à la jeunesse et de rapprocher les peuples.
Cette approche rejoint directement son travail d’écrivain. Livres, médias, musique et culture participent chez lui d’une même idée : une société ne se construit pas uniquement par les institutions et l’économie, mais également par les récits, la mémoire et ce qu’elle transmet à ses enfants.
Vérité, justice et partage.
Au milieu de cette trajectoire plurielle, trois valeurs sont régulièrement mises en avant par Yaya Fofana : la vérité, la justice et le partage.
Le partage prend notamment une dimension sociale et communautaire à travers différentes initiatives de solidarité et d’entraide. Dans ce cadre, il a également contribué au financement et à la construction d’une mosquée portant son nom dans un quartier d’Abidjan, donnant à cet engagement une dimension cultuelle et communautaire.
Chevalier de l’Ordre national du Mérite, Yaya Fofana présente ainsi un profil transversal dans le paysage ivoirien. Il connaît l’administration, pratique la politique, travaille dans la logistique et le transport sous-régional, écrit, intervient dans les médias, soutient des initiatives médiatiques et investit les champs culturel et social.
Yaya Fofana ne cherche pas à exister dans un seul espace. Il construit sa présence à la frontière de plusieurs mondes, avec l’ambition de faire circuler les idées comme il a appris à faire circuler les marchandises : au-delà des frontières.
