Et si la prochaine révolution africaine commençait devant un miroir ? Dans le regard d’une jeune fille qui décide qu’elle n’a plus besoin de changer sa peau, ses cheveux ou son corps pour se sentir belle. C’est le pari de l’écrivain et essayiste Yaya Fofana dans Femme africaine, lumière du monde, un ouvrage consacré à la beauté, à la dignité, à l’identité et à la place de la femme dans l’avenir du continent.
À force de standards importés, de publicité, de filtres numériques et de modèles corporels omniprésents, une partie de la jeunesse africaine peut finir par regarder son propre corps comme quelque chose qu’il faudrait corriger. Peau à éclaircir, cheveux à transformer, silhouette à remodeler, apparence à mettre en scène. Décapage de la peau, chirurgie esthétique, BBL, hypersexualisation et dictature du « like » deviennent alors les manifestations d’un même phénomène, celui d’une estime de soi fragilisée par le regard extérieur. Sans se limiter à la condamnation, Yaya Fofana interroge les mécanismes sociaux, culturels, économiques et médiatiques qui peuvent transformer les complexes en marché et l’apparence en obsession.
Face à cette pression, l’auteur défend une idée centrale. La femme africaine n’a pas besoin de devenir une autre femme pour devenir pleinement elle-même. Sa peau, ses cheveux, ses formes, son sourire et la diversité de ses traits ouvrent une réflexion plus profonde sur la confiance, la dignité, l’éducation et la liberté d’être soi. À l’ère des réseaux sociaux, la question devient urgente. Que reste-t-il de l’identité d’une génération lorsque sa valeur semble dépendre du nombre de regards, de commentaires et d’approbations qu’elle obtient sur un écran ?
Mais Femme africaine, lumière du monde dépasse largement la question de l’apparence. Au fil des pages, la femme africaine apparaît comme fille, épouse, mère, éducatrice, entrepreneure, citoyenne et actrice du développement. L’éducation des filles, la transmission familiale, l’entrepreneuriat et la participation des femmes à la construction du continent replacent ainsi la beauté dans une perspective beaucoup plus large, celle de la responsabilité et de l’avenir.
Cette transformation ne relève pas des femmes seules. Yaya Fofana interpelle également les hommes, les familles, les enseignants, les responsables communautaires, les médias et les influenceurs. La manière dont une société regarde ses filles contribue à façonner les femmes qu’elles deviendront. Leur apprendre à douter d’elles-mêmes, c’est fragiliser une génération. Leur apprendre à connaître leur valeur, c’est préparer des femmes capables d’étudier, d’entreprendre, de transmettre, de créer et de diriger.
Structuré en huit grandes parties et vingt-sept chapitres, l’ouvrage conduit le lecteur de African is Beautiful à African is the Future. Entre ces deux affirmations se déploie une réflexion sur les artifices imposés, la beauté intérieure, les réseaux sociaux, la dignité, la responsabilité et la transmission aux générations futures.
Derrière la beauté, Yaya Fofana parle finalement de souveraineté intérieure. Derrière le miroir, il parle d’identité. Derrière la femme, il parle de l’Afrique. Son message tient dans une conviction forte. L’Africaine peut être moderne sans renier ses racines, ambitieuse sans sacrifier sa dignité et connectée au monde sans devenir prisonnière du regard du monde.
C’est aussi ce qui donne au livre sa dimension de transmission. Femme africaine, lumière du monde s’adresse à la jeune fille qui cherche ses repères, à l’adolescente confrontée aux diktats des réseaux sociaux, à la femme qui doute parfois d’elle-même, à la mère qui veut transmettre la confiance, mais également aux hommes, aux éducateurs et aux familles qui souhaitent participer à la construction d’un autre regard sur la femme africaine.
Il y a des livres que l’on achète pour lire et d’autres que l’on garde pour transmettre. Femme africaine, lumière du monde ambitionne d’être les deux. Un livre à lire, à offrir à sa fille, à sa sœur, à sa mère, à son épouse ou à une amie, puis à faire circuler de génération en génération. Car lorsqu’une jeune Africaine apprend à aimer ce qu’elle est, à croire en son intelligence, à préserver sa dignité et à regarder son avenir avec confiance, c’est aussi une part de l’Afrique qui avance avec elle.
African is Beautiful. African is the Future.
Yaya Fofana, écrivain et essayiste
