Abidjan,05-08-2026 (Afrikmonde.com) En Côte d’Ivoire, organiser un concert, un festival ou tout autre spectacle est désormais soumis à une nouvelle règle. En effet, une nouvelle loi vient d’être prise lors du traditionnel Conseil des ministres qui stipule que, désormais, toute personne physique ou morale devra être titulaire d’une licence d’entrepreneur de spectacle délivrée par le ministère de la Culture, d’un montant de 10 millions de francs CFA selon les catégories. Laquelle décision soulève diverses réactions notamment celle de l’opérateur culturel Jahboymots qui fait d’importantes propositions ci-dessous.
Dans un esprit de dialogue constructif et de professionnalisation de notre secteur, je soumets ces quelques pistes de réflexion relatives à la future licence des spectacles et de l’événementiel en Côte d’Ivoire.
Mon objectif n’est pas de remettre en cause la nécessité d’un cadre réglementaire, mais de contribuer à la mise en place d’un dispositif juste, équilibré et adapté aux réalités des professionnels. Une réforme efficace doit permettre de structurer le secteur, de valoriser les compétences, de renforcer la crédibilité des opérateurs et de favoriser l’investissement, sans créer de barrières financières susceptibles de freiner le développement des industries culturelles et créatives.
Je salue donc cette initiative visant à instaurer une licence pour les professionnels de l’événementiel et du spectacle vivant en Côte d’Ivoire. Toutefois, je suis convaincu que les critères d’attribution devraient reposer davantage sur des exigences administratives, professionnelles et fiscales que sur des considérations essentiellement financières.
À cet effet, les conditions suivantes pourraient être envisagées :
– Disposer d’une entreprise légalement constituée ;
– Présenter un CV professionnel justifiant d’au moins cinq (5) projets réalisés dans l’événementiel ou le spectacle vivant ;
– Justifier d’une expérience professionnelle minimale de sept (7) ans dans le secteur ;
– Être en règle vis-à-vis de ses obligations fiscales ;
– Disposer d’une entreprise dont le capital social est d’au moins 50 000 000 FCFA ;
– Être immatriculé auprès du ministère en charge de la Culture depuis au moins deux (2) ans ;
– Fournir une vidéo d’au moins une (1) minute attestant de l’organisation effective d’un événement ou d’un spectacle.
Je suggère également :
– De fixer la caution et les frais d’obtention de la licence à un plafond de 500 000 FCFA, avec une validité minimale de cinq (5) ans ;
– D’instaurer, pour les organisateurs d’événements et de spectacles occasionnels, une autorisation ou une licence spécifique dont les frais seraient fixés à 1 500 000 FCFA.
Par ailleurs, si un opérateur dispose déjà des 10 000 000 FCFA qui seraient exigés comme caution ou frais d’obtention d’une licence, ne serait-il pas plus judicieux de lui permettre d’investir cette somme dans le développement de son entreprise, la création d’emplois ou la diversification de ses activités afin d’assurer sa pérennité et celle de sa famille ?
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme profondément les industries créatives, où les coûts de location des salles de spectacle ne cessent d’augmenter, où les subventions demeurent insuffisantes et où les entreprises culturelles sont confrontées à des lenteurs administratives ainsi qu’à un manque d’accompagnement, il apparaît essentiel que toute réforme encourage avant tout la professionnalisation, la structuration et la compétitivité du secteur, plutôt que d’ériger une barrière financière à son accès.
Le développement des industries culturelles et créatives passe par des réformes inclusives, réalistes et adaptées aux capacités des acteurs. Une réglementation efficace doit protéger le secteur tout en favorisant son essor.
SOLDAT JAHBOY, Opérateur culturel – Africultiviste
