Nouvel organe électoral en Côte d’Ivoire : « C’est du PDCI-RDA que l’espoir peut venir », selon la LND

Abidjan, le 03-07-2026 (Afrikmonde.com) En Côte d’Ivoire, la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) officialisée par le gouvernement ivoirien le 6 mai 2026, n’a pas encore fini d’alimenter les débats, tant le sujet est sensible et d’une importance capitale pour l’avenir du pays. Alors que le gouvernement ainsi que les membres de l’opposition et de la société civile cherchent à s’accorder sur les modalités de la création d’un nouvel appareil électoral, des voix continuent de se lever afin de donner leurs avis aiguisés sur la question. C’est le cas du secrétaire général de la Ligue nationale pour la démocratie-Mouvement Guéiste (LND), Dr. GOUESSE Diomandé qui, dans un entretien choc accordé à Lepointsur.com, apporte un regard critique sur la situation politique actuelle de son pays et donne sa recette pour la création de l’organisation qui sera bientôt chargée d’organiser les élections en Côte d’Ivoire. Interview.

1) Bonjour SG. Depuis sa création, la LND, votre mouvement politique observe et participe pleinement à la vie politique en Côte d’Ivoire. Dites-nous, comment se porte votre organisation aujourd’hui ?

“ Il faut éviter de faire du dilatoire, comme se fut le cas avec notre leader martyr, Robert Guéi entre 2001 et 2002, lorsque les refondateurs étaient au pouvoir. Dilatoire qui a abouti à son assassinat par les refondateurs, il faut le rappeler. Parfois, les gens ont la mémoire courte. ’’

La LND se porte bien. Apres avoir reçu les bénédictions de nos parents de l’ouest, à Kabakouma et Gouesseso, nous sommes en période de rencontre avec nos partenaires, parce que nous envisageons organiser, le 19 septembre prochain, une activité que nous appelons « la journée du souvenir ».

2) La Côte d’Ivoire s’apprête à vivre une nouvelle ère à propos de l’organisation des élections dans le pays. Car, comme vous le savez sans doute déjà, la structure en charge d’organiser les élections (la CEI) a été dissoute par le gouvernement cette année. Selon vous, est-ce que cette décision est la bienvenue ?

Oui, la décision prise par le gouvernement de dissoudre la CEI est une décision salutaire. Parce que depuis l’an 2000, les institutions chargées d’organiser les élections sont conflictuelles. La Commission Nationale Electorale (CNE) qui a organisée les élections présidentielles de l’an 2000, qui a vu la victoire de Laurent Gbagbo, n’était pas exempte de reproche. La Commission Electorale Indépendante (CEI) qui l’a succédé en 2001 et qui a organisé les élections depuis 2010 a été conflictuelle. Et on a tous vu les dégâts que cela a causé au pays. Donc, c’est une bonne chose de penser à la reforme de cette institution. Il faut la rendre impartiale.

3) Rendre la CEI impartiale… Sous-entendez-vous peut-être par-là que le dernier homme fort à avoir dirigé cette structure n’a pas pleinement joué le rôle qui lui avait été confié ?

Je pense qu’il a été le meilleur président d’un organe chargé d’organiser les élections dans ces 20 dernières années. Je le dis parce qu’avec lui, on a eu moins de conflits violents qui aient embrasés tout le pays, à la différence par exemple de ces prédécesseurs de l’an 2000 et de 2010. On a vu avec Monsieur Kuibiert, un homme qui avait le souci de faire de la pédagogie sur les questions électorales, et un juge électoral assez juste, en mon sens. Les prochains dirigeants de la nouvelle structure, gagneraient à l’imiter.

4) La fin d’un cycle débouche inéluctablement sur le début d’un autre. C’est pourquoi, après la dissolution de la CEI, le gouvernement a récemment convoqué l’opposition et les membres de la société civile à des discussions sur un nouvel organe électoral en Côte d’Ivoire. Cette démarche est la plus idoine selon vous ?

Oui, je pense que le gouvernement fait bien d’inviter toutes les parties à la table de discussion pour parler de la nouvelle CEI. Je suppose qu’il (le gouvernement : ndlr) ne compose qu’avec les organisations formellement constituées. C’est pourquoi, notre mouvement n’y était pas, puisque nous n’avons pas encore achevé notre processus de formalisation. Mais cela dit, il faut encourager le gouvernement au dialogue inclusif. Il faut éviter de faire du dilatoire, comme se fut le cas avec notre leader martyr, Robert Guéi entre 2001 et 2002, lorsque les refondateurs étaient au pouvoir. Dilatoire qui a abouti à son assassinat par les refondateurs, il faut le rappeler. Parfois, les gens ont la mémoire courte. Il y en a qui oublient qu’ils ont gouverné ce pays et que leur passé est là, très frais dans nos mémoires.

“ Voici les lieux ou la fraude est généralement orchestrée. Ce n’est pas à la CEI centrale, je ne sais pas comment elle sera désormais appelée, qu’il y a la fraude. J’ai été représentant de Candidat et assesseur de bureau de vote. Je sais très bien comment ça se fait. ’’

5) Pour la création de la “nouvelle CEI’’, quels doivent être, selon-vous, les points essentiels à aborder pour une meilleure orientation des réflexions entre gouvernement, opposition et société civile ?

Pour nous, le gouvernement dit vouloir mettre en place trois organes pour gérer les élections. C’est une innovation. C’est donc une bonne chose. Nous n’avons pas encore les dénominations et les attributions de ces trois organes. Mais, pour nous, les questions de fraude électorale ont surtout lieu à deux niveaux où il faut être très vigilent : le bureau de vote et la CEI locale, où les résultats des bureaux de vote sont compilés. Voici les lieux ou la fraude est généralement orchestrée. Ce n’est pas à la CEI centrale, je ne sais pas comment elle sera désormais appelée, qu’il y a la fraude. J’ai été représentant de candidat et assesseur de bureau de vote. Je sais très bien comment ça se fait. Donc c’est à ces deux niveaux qu’il nous faut des organes crédibles et des animateurs justes et honnêtes dans leur travail.

“ Quand on est à l’opposition, on est le meilleur homme politique. On a toutes les grandes idées du monde. On est chantre de la Démocratie. Mais, dès qu’on a accès au pouvoir d’Etat, on oublie toutes les vertus qu’on prônait hier. Ça fait partir de ce que nous appelons à la LND « les démons de la politiques ivoiriennes ». Personne n’a encore dérogé à cette règle. ’’

6) Espérez-vous que ces discussions aboutissent sur la création, très prochainement, d’un organe chargé des élections qui ne souffrira d’aucune contestation comme la défunte CEI ?

Vous savez, moi, je suis réaliste. En Côte d’Ivoire, comme le disait le politologue ivoirien, le juriste Geoffroy-Julien Kouao, il y a une démocratie sans démocrates. Quand on est à l’opposition, on est le meilleur homme politique. On a toutes les grandes idées du monde. On est chantre de la Démocratie. Mais, dès qu’on a accès au pouvoir d’Etat, on oublie toutes les vertus qu’on prônait hier. Ça fait partir de ce que nous appelons à la LND « les démons de la politiques ivoiriennes ». Personne n’a encore dérogé à cette règle. Rappelons-nous que les refondateurs, comme les appelait le président Robert Guéi, ont été habités par le diable, selon leurs propres termes, lors des présidentielles d’octobre 2010. Donc pour nous les “Héritiers’’ du président Robert Guéi, on n’attend rien de l’opposition des refondateurs, c’est-à-dire les pro-Gbagbo, dans leurs diversités. Ils ne changeront pas leurs manières de s’assoir. Il aura toujours derrières leurs actions, une ruse pour entuber le gouvernement. C’est leur ADN. C’est surtout au PDCI-RDA, d’être honnête et sincère avec le président Ouattara. Parce qu’entre Houphouëtistes, on peut toujours s’entendre. C’est d’ailleurs le dernier message de notre leader martyr, le président Guéi à notre endroit. Ce que nous ces “Héritiers’’, nous suivons. C’est du PDCI-RDA que l’espoir peut venir. Donc, avec le type de démocrate que nous avons dans notre pays, un nouvel organe électoral consensuel à 100 %, je n’y crois pas. Il faut seulement que les hommes qui animeront ces organes fassent preuve de neutralité axiologique, comme le demande la science.

“ Il faut seulement que le gouvernement fasse preuve d’écoute et surtout de lucidité dans la mise en place de ces nouveaux organes électoraux. Nous sommes à la disposition du chef de l’Etat et son gouvernement pour prendre notre part dans l’édification de la nation ivoirienne. ’’

7) Votre mot de fin

Je voudrais, au nom de la LND, encourager le président Ouattara et son gouvernement à continuer à travailler pour la préservation de la paix et la stabilité de notre pays. Nous qui avons vécu la crise poste électorale de 2010, la paix n’a pas de prix pour nous. Et surtout nous qui avons perdu notre leader dans des conditions atroces à cause d’aventuriers politiques, nous ne voulons plus choisir entre la barbarie et la démocratie. Notre choix est fait. C’est la démocratie. Il faut seulement que le gouvernement fasse preuve d’écoute et surtout de lucidité dans la mise en place de ces nouveaux organes électoraux. Nous sommes à la disposition du chef de l’Etat et son gouvernement pour prendre notre part dans l’édification de la nation ivoirienne.

Interview réalisée par Georges Kouamé