Génie discret mais déterminant de la French Touch, Kavinsky est mort à l’âge de 50 ans. Son corps sans vie a été retrouvé à son domicile du XVIIIe arrondissement de Paris dans la soirée du 28 juillet, selon nos confrères du Parisien. Avec lui disparaît l’un des artisans les plus singuliers de cette scène née dans les années 1990 et devenue étendard international du son français.
Kavinsky entre dans la musique par la bande. D’abord proche de la galaxie Ed Banger, le label de Pedro Winter qui fédère Justice, Mr Oizo ou SebastiAn, il se forge un personnage avant de vraiment se construire une œuvre : veste noire et rouge de pilote, univers de série B, obsessions pour les voitures sportives et les synthétiseurs analogiques. Ce héros fantomatique, DJ revenu d’entre les morts après un crash de Ferrari, devient le fil rouge de son imaginaire. Chez lui, la French Touch n’est pas seulement une esthétique sonore, mais un cinéma mental : couleurs néon, nuits infinies, romantisme sombre.
Après quelques EP prometteurs dans les années 2000 – Teddy Boy, 1986 – tout bascule en 2010 lorsqu’il compose « Nightcall », cette ballade électronique au tempo ralenti, à la basse grave et aux voix spectrales qui condense son ADN musical : mélancolie, tension, élégance glacée. L’année suivante, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn repère le morceau et veut l’utiliser pour ouvrir son film Drive, porté par Ryan Gosling.
Kavinsky ne mesure pas encore l’onde de choc que cette synchro va provoquer, mais il sait qu’il touche à un rêve de fan. « Quand on m’a dit ça, j’ai dit évidemment oui tout de suite, pour n’importe quel argent ou même gratuitement. J’aurais même payé pour y être », dit-il au micro de RFI en 2013. Le titre, déjà culte dans les cercles électro, est diffusé en boucle à la radio, repris dans des playlists et des campagnes publicitaires jusqu’à devenir un classique mondial de la French Touch.
S’ensuit un album, OutRun, en 2013, dans le prolongement de son esthétique rétro-futuriste inspirée des jeux vidéo des années 1980 et du cinéma de genre. Il reste fidèle à son alias de revenant solitaire, préférant la cohérence d’un univers visuel et sonore à la course au stream. Sa musique, faite de synthés saturés, de kicks martiaux et de mélodies glaçantes, situe la French Touch sur un versant plus sombre, loin du disco solaire de certains de ses contemporains.
Après une longue période de relative discrétion, il est choisi pour participer aux cérémonies de clôture des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Sur scène, Kavinsky partage un moment fort avec Angèle, icône pop francophone dont la voix limpide se pose sur ses textures électroniques. Un moment fort qui marque une forme de reconnaissance officielle pour ce héros de l’ombre, longtemps resté derrière ses machines, à distance des plateaux télé.
D’après nos confrères du Parisien, une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte, sans qu’aucun élément suspect n’ait été relevé sur place. Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey, aurait eu 51 ans ce 31 juillet 2026.
Source : Rfi
