LA VRAIE RÉFORME ÉLECTORALE COMMENCE PAR LE CHOIX DES ARBITRES

Trois organes peuvent organiser les élections. Seuls des arbitres crédibles peuvent garantir la confiance des citoyens et la paix démocratique.

La réforme de la gouvernance électorale annoncée par le gouvernement ouvre un débat essentiel pour l’avenir démocratique de notre pays.

Il convient d’abord de saluer la volonté du gouvernement d’ouvrir la réflexion sur l’avenir de notre système électoral. Dans une démocratie apaisée, les grandes réformes institutionnelles gagnent toujours à être discutées avec l’ensemble des forces politiques et sociales de la Nation.

Le choix de repenser l’architecture électorale traduit la reconnaissance qu’aucune démocratie ne peut progresser sans un effort constant d’amélioration de ses institutions. Cette volonté mérite d’être encouragée, enrichie et consolidée.

En proposant de substituer à l’actuelle architecture électorale trois organes distincts chargés respectivement de l’organisation des élections, du recensement des votes et de la supervision du processus, les autorités affichent leur volonté de renforcer la transparence et la crédibilité des scrutins.

Sur le principe, cette séparation des fonctions peut constituer une avancée. Dans toute démocratie moderne, la répartition des responsabilités vise à limiter les risques de concentration du pouvoir et à renforcer les mécanismes de contrôle.

Mais une question fondamentale demeure. Qui animera ces institutions ?

L’expérience politique enseigne une réalité simple. La crédibilité d’un système électoral ne dépend pas uniquement de son architecture juridique ou institutionnelle. Elle repose avant tout sur l’indépendance, l’intégrité et la neutralité de celles et ceux qui le font fonctionner.

C’est pourquoi la question des nominations apparaît aujourd’hui comme l’enjeu central de cette réforme.

Dans tous les pays du monde, l’organisation d’élections libres et transparentes repose sur une exigence fondamentale. L’existence d’arbitres dont l’impartialité ne souffre d’aucune contestation sérieuse. Lorsque les citoyens doutent de la neutralité des institutions électorales, c’est la confiance dans le processus démocratique lui-même qui se trouve fragilisée.

La Côte d’Ivoire a connu dans son histoire des crises politiques dont les racines se trouvent souvent dans la contestation des mécanismes électoraux. Notre responsabilité collective est donc d’éviter que les erreurs du passé ne se reproduisent sous de nouvelles formes.

La réforme proposée ne sera pas jugée sur les intentions qui l’accompagnent, mais sur les garanties qu’elle offrira.

L’histoire politique nous enseigne une autre leçon essentielle. Les institutions ne valent que par la confiance qu’elles inspirent.

On peut multiplier les organes, réécrire les textes et moderniser les procédures. Mais si le citoyen doute de l’impartialité de ceux qui les dirigent, la réforme perd son âme avant même son entrée en vigueur.

Une démocratie ne se mesure pas à la sophistication de ses structures. Elle se mesure à la confiance que les citoyens accordent à ses arbitres.

Or, dans une Nation qui aspire à la paix durable, la confiance n’est pas un luxe institutionnel. Elle est une nécessité républicaine.

La confiance ne naît pas de la victoire d’un camp. Elle naît de la certitude, pour tous, que les règles du jeu sont les mêmes pour chacun.

Si les procédures de nomination des responsables des trois organes apparaissent déséquilibrées ou insuffisamment inclusives, les doutes risquent de persister malgré le changement institutionnel annoncé.

À l’inverse, des mécanismes transparents, pluralistes et consensuels pourraient constituer une avancée majeure pour la consolidation de notre démocratie.

Il est donc essentiel que les critères de désignation soient clairement définis, que les différentes sensibilités politiques et sociales soient associées au processus et que les personnalités retenues présentent toutes les garanties d’indépendance nécessaires à l’exercice de leurs missions.

Cette exigence ne doit pas être interprétée comme une marque de défiance envers les institutions. Elle constitue au contraire une condition indispensable à leur légitimité.

Des garanties concrètes pour bâtir la confiance

Afin de donner à cette réforme toute sa crédibilité, plusieurs garanties pourraient être envisagées.

Premièrement, instaurer un mécanisme de nomination fondé sur le consensus. Aucun animateur des trois organes ne devrait être désigné par une seule partie. Leur nomination devrait résulter d’un accord impliquant le pouvoir, l’opposition et la société civile.

Deuxièmement, soumettre les candidats retenus à des auditions publiques retransmises devant la Nation. Les citoyens ont le droit de connaître le parcours, les compétences et les engagements éthiques de ceux qui seront chargés de veiller à la sincérité des élections.

Troisièmement, garantir l’inamovibilité des responsables pendant la durée de leur mandat, sauf faute grave constatée par une procédure indépendante. L’indépendance institutionnelle n’existe que lorsque les responsables sont protégés contre les pressions politiques.

Quatrièmement, associer les organisations de la société civile, les ordres professionnels, les universitaires et les confessions religieuses à un comité consultatif permanent chargé d’évaluer le fonctionnement des trois organes et de publier régulièrement ses observations.

La démocratie ne se protège pas seulement par des textes. Elle se protège par des contre-pouvoirs, par la transparence et par la confiance.

L’enjeu dépasse les intérêts des partis politiques. Il concerne la confiance des citoyens, la stabilité des institutions et la paix sociale. Une démocratie solide ne se construit pas sur la seule légalité des procédures, mais également sur la confiance que les populations accordent à ceux qui les appliquent.

La réforme électorale actuellement engagée représente donc une opportunité historique. Elle peut contribuer à renforcer durablement la confiance entre les acteurs politiques et les citoyens. Mais elle ne produira ses effets que si la neutralité des animateurs est garantie de manière incontestable.

La Côte d’Ivoire a besoin d’institutions électorales qui soient acceptées avant les élections, respectées pendant les élections et reconnues après les élections.

Car la véritable victoire d’un système électoral n’est pas la proclamation des résultats. C’est l’acceptation des résultats par tous.

Une responsabilité historique

Le pouvoir a aujourd’hui l’occasion de démontrer que la réforme vise réellement à renforcer la confiance nationale.

L’opposition a le devoir de participer au débat avec responsabilité et esprit constructif.

La société civile, quant à elle, doit demeurer vigilante afin que l’intérêt général demeure au-dessus des intérêts particuliers.

Cette réforme ne doit être ni celle du pouvoir ni celle de l’opposition. Elle doit devenir celle de la Nation.

Car les institutions électorales survivent aux gouvernements, aux partis politiques et aux générations d’acteurs. Elles appartiennent au peuple ivoirien et doivent être conçues dans cet esprit.

Au-delà des divergences partisanes, chacun doit comprendre que la crédibilité des institutions électorales constitue un patrimoine commun que nous avons l’obligation de préserver.

Refonder la confiance ou reproduire la méfiance

La véritable question n’est donc pas de savoir combien d’organes organiseront les élections demain.

La véritable question est de savoir si chaque Ivoirien, quelle que soit son opinion politique, pourra regarder ces institutions et dire simplement :

« Voilà des arbitres au service de la République et non d’un camp politique. »

Car lorsque les arbitres inspirent confiance, les résultats sont acceptés.

Lorsque les résultats sont acceptés, la paix est préservée.

Lorsque la paix est préservée, la démocratie progresse.

La Côte d’Ivoire a déjà payé un prix trop élevé aux crises de confiance électorale pour se permettre de reproduire les mêmes erreurs sous des formes différentes.

L’heure n’est plus à la méfiance organisée.

L’heure est à la construction d’institutions suffisamment fortes pour survivre aux alternances, suffisamment crédibles pour rassurer les citoyens et suffisamment républicaines pour servir exclusivement la Nation.

La Côte d’Ivoire mérite des élections dont les arbitres ne font l’objet d’aucun doute.

C’est à cette première exigence que doit répondre la réforme en cours.

La mise en place d’un comité consultatif pluraliste et indépendant devrait donc constituer la première étape de cette réforme. Composé de représentants de la société civile, des universités, des ordres professionnels, des confessions religieuses ainsi que des forces politiques, ce comité aurait pour mission de garantir la transparence et l’équilibre du processus de désignation des responsables des trois organes.

Sa responsabilité devrait notamment porter sur l’examen des candidatures, l’organisation de débats publics, l’évaluation des profils et la validation des nominations selon des critères objectifs d’intégrité, de compétence, d’expérience et d’indépendance.

Ainsi, les responsables des trois organes ne seraient pas seulement désignés. Ils seraient également soumis au regard de la Nation à travers un processus transparent permettant à chaque citoyen d’apprécier leur capacité à exercer leur mission avec impartialité.

La confiance électorale ne se décrète pas. Elle se construit.

Et elle commence par la certitude, pour chaque citoyen, que les arbitres de la démocratie ont été choisis dans la transparence, sous le regard de la Nation et dans le seul intérêt de la République.

Fait à Abidjan, le 22 juin 2026

Yaya Fofana

Président du Mouvement des Forces d’Avenir ( MFA)