Conservation de la biodiversité : en Côte d’Ivoire, Dr Akpatou Bertin (Président Ong ACB-Côte d’Ivoire) se confie à « AfrikMonde.com ».

Le président de L’Ong ACB-Côte d’Ivoire (En pantalon gris), entouré des membres de son bureau (PH/DR)

Abidjan, 29-10-2021 (AfrikMonde.com) Président de l’ONG Action pour la Conservation de la Biodiversité (ACB-Côte d’Ivoire), Docteur Akpatou Bertin milite au quotidien, pour la promotion des aires protégées du pays. Rencontré, il répond sans détours à nos préoccupations.

Vous êtes le président de L’Ong ACB-Côte d’Ivoire. Vous luttez pour la promotion des aires protégées certes, mais nous assistons chaque jour, à la déforestation abusive du couvert forestier de la Côte d’Ivoire. Quelles sont les actions concrètes que vous menées pour remédier à cet état de fait ?

Merci pour l’opportunité que vous me donnez de parler de notre ONG Action pour la Conservation de la Biodiversité en Côte d’Ivoire.Je voudrais avant tout, préciser que nos actions visent la conservation de la Biodiversité partout où elle se trouve en Côte d’Ivoire et non spécifiquement dans les aires protégées. D’ailleurs, la dernière Assemblée Générale Ordinaire qui s’est tenue le 24 septembre dernier s’est penchée sur la nécessité d’étendre nos actions au-delà des frontières ivoiriennes. Il faut noter que la biodiversité ne dépend pas des limites administratives et les défis pour sa conservation sont relativement communs aux pays de la sous-région ouest africaine.

Cela dit, nous convenons avec vous que la déforestation est un phénomène qui prend de l’ampleur et mérite que l’on y accorde une attention particulière. Il faut surtout que des actions concrètes en termes de réalisation et d’envergure soient menées. ACB-Côte d’Ivoire pour sa part procède par la sensibilisation des populations riveraines des sites forestiers ; le reboisement des espaces dégradés et surtout à la promotion de l’agroforesterie en milieu rural. Nos actions sont pour le moment localisées dans le Département de Tiapoum dans le sud-est du pays. Plus précisément dans la Forêt des Marais Tanoé-Ehy (FMTE) et sa zone d’influence où nous avons procédé au reboisement d’environ 150 hectares.

Comment espérez-vous réussir votre mission, quand on sait que le développement économique ne peut se réaliser sans impacter l’environnement du fait des activités agroindustrielles et notamment le projet de la ligne 1 du Métro d’Abidjan qui impactera à coup sûr le couvert forestier de la forêt du Banco estimé à 2,97 millions d’hectares, soit 9,2% selon un inventaire forestier et faunique national (IFFN) ?

Notre mission ne s’oppose pas au développement. Bien au contraire, nous posons les actes qui visent un développement harmonieux et durable. La difficulté réside dans la sensibilisation des principaux acteurs du développement. Tous doivent non seulement connaître l’importance de la forêt mais s’engager voire se responsabiliser pour la préserver d’une disparition irréversible. Nous soutenons les efforts du gouvernement en matière de gestion durable des forêts et nous attendons bien évidemment que nous soyons accompagnés. C’est ensemble (Gouvernement, Sociétés civiles, Acteurs économiques, …) que nous pouvons réussir à concilier le développement et la conservation des ressources naturelles en générale et forestières en particulier.

L’éducation environnementale dans les établissements scolaires est l’approche la mieux indiquée pour avoir des Eco-citoyens.Pour le cas spécifique du Parc national du Banco, notre ONG a participé à la pétition visant la révision du tracé du métro d’Abidjan. Nous espérons que les recommandations faites dans le rapport de l’Etude d’Impact Environnemental et Social seront prises en compte pour mitiger les préjudices environnementaux.

Seulement 13,3% des forêts classées et 32,2% des aires protégées contiennent encore une couverture forestière, selon l’IFFN. Comment expliquez-vous cela et quelles sont vos solutions pour restaurer ces aires protégées ?

Ces chiffres sont discutables à notre avis selon les méthodes d’inventaire utilisées. Cependant, la perte considérable des surfaces forestières ne fait pas objet de débats. Plusieurs raisons peuvent être évoquées. Les principales sont liées à l’exploitation forestière sous toutes ses formes, le développement des projets d’envergure (routes, barrages, opérations immobilières) et surtout l’agriculture. Il faut également signaler que les différentes crises que la Côte d’Ivoire a connues durant les deux dernières décennies ont perturbé l’autorité des structures étatiques directement responsables de la gestion durable des ressources forestières.Notre ONG a participé à la pétition visant la révision du tracé du métro d’Abidjan.

Pour faire face à cette situation, l’Etat doit véritablement exprimer son autorité dans les zones encore infiltrées où la déforestation n’est pas maîtrisée. Comme signalé plus haut, c’est toutes les parties prenantes qui doivent s’engager à mettre fin à ce phénomène. L’Etat doit veiller au respect des engagements internationaux, les ONG environnementales doivent être plus actives et apporter des solutions concrètes, les industriels et les organisations internationales doivent accompagner les initiatives de lutte contre la déforestation.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés dans la sensibilisation des populations sur les enjeux de la conservation de la biodiversité ? Sont-elles réceptives ou hostiles ?

Il est toujours difficile de changer les habitudes ou de faire accepter une nouvelle façon de faire. La principale difficulté dans la sensibilisation des populations réside dans la prise en compte effective de leurs besoins. En effet, il y a une véritable inadéquation entre ce que les populations perdent du fait de la mise en œuvre des projets impactant leurs ressources et ce qui leur est proposé en compensation. Il est donc difficile de les convaincre sans les rassurer qu’elles tireront véritablement profit de l’exploitation des ressources dont elles dépendent. Cependant, nos outils et approches nous permettent de « négocier » et obtenir l’implication des populations dans les actions de conservation de la biodiversité. Notre approche est véritablement participative et basée sur la définition consensuelle des stratégies et des actions à mener. Notre plus bel exemple est celui des populations riveraines de la Forêt des Marais Tanoé-Ehy (FMTE). Elles se sont organisées en Associations Villageoises de Conservation et de Développement. Ces organisations villageoises sont les principaux acteurs de la conservation de la FMTE.

Selon vos recherches, quels sont les résultats en matière de conservation et les actions d’éducation environnementale dans les établissements scolaires ?

Il n’y a pas une recherche à proprement dit qui pourrait vous situer objectivement sur l’impact de l’éducation environnementale sur la conservation de la diversité biologique. Cependant, nous pouvons vous assurer que l’éducation environnementale dans les établissements scolaires est l’approche la mieux indiquée pour avoir des Eco-citoyens.

Où en êtes-vous avec le projet de création d’une réserve transfrontalière communautaire ?

La Forêt des Marais Tanoé-Ehy est pratiquement à la fin du processus de classement en Réserve Naturelle Volontaire. La demande ainsi que tous les documents nécessaires au classement ont été fournis. Il ne reste que la signature officielle. ACB-Côte d’Ivoire bien que n’étant pas le leadeur de cette initiative, car disons au passage que c’est le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS) qui en est le leadeur, continue de jouer son rôle pour cet aboutissement attendu depuis près d’une décennie.

Quel est le contenu de la journée du 30 octobre 2021 au Parc national des îles Ehotilé ?

Dans le cadre du concours photo que l’ONG ACB-Côte d’Ivoire a lancé pour la journée mondiale de la photographie (19 août 2021) en collaboration avec l’OIPR. Nous avons décidé d’offrir aux trois lauréats du concours, une visite guidée dans une aire protégée. Ce samedi 30 octobre 2021, nous allons ainsi visiter le Parc national des îles Ehotilé avec les lauréats. Nous allons partir à Etuessika qui est le village par lequel nous pouvons réaliser la visite avec l’OIPR. Cette visite nous permettra d’en apprendre plus sur l’origine de ce parc national dont la création a été initiée par les populations riveraines de l’époque pour préserver leur histoire. Nous allons visiter en particulier l’île Assoko-Monobaha, la plus grande île du parc qui possède un sentier botanique et une piste de randonnée. Nous pourrons ainsi avoir un aperçu de la diversité végétale de ces îles. Lors de cette journée nous remettrons les prix aux différents lauréats et nous échangerons avec eux sur leur message de sensibilisation et sur la conservation de la biodiversité en Côte d’Ivoire.

Vos rapports avec l’OIPR ?

Nous construisons depuis quelques années une collaboration avec cet organe étatique pour la préservation des aires protégées. Nous comptons formaliser cette collaboration afin de permettre à notre organisation de s’inscrire durablement dans l’accompagnement de l’OIPR en vue de contribuer à la conservation de nos aires protégées. L’OIPR est une structure de référence qui fait un formidable travail de conservation qui mérite non seulement d’être félicitée mais également de bénéficier du soutien de tous et des ONG environnementales en particulier. Nous espérons obtenir des réponses positives à des demandes de fonds pour poursuivre nos actions vers une autonomisation des communautés dans la gestion de la FMTE.

Disposez-vous de moyens nécessaires pour préserver la Forêt des Marais Tanoé-Ehy (FMTE) ? Lesquels ?

A ce jour, nous disposons de peu de moyens obtenus grâce à des fonds compétitifs. Notre plus gros défi est la recherche de financements. Nous espérons obtenir des réponses positives à des demandes de fonds pour poursuivre nos actions vers une autonomisation des communautés dans la gestion de la FMTE.

Votre mot de fin

Nous vous remercions pour cette opportunité que vous nous offrez de parler de notre ONG et surtout de nos actions en faveur de la conservation. Nous profitons pour remercier sincèrement tous nos partenaires nationaux et internationaux qui nous accompagnent aussi bien dans l’amélioration de notre gouvernance en tant que ONG mais aussi dans le réseautage. Notre ONG est ouverte à toutes les personnes et organisations intéressées par la conservation de la Biodiversité.

Interview réalisée par Clarisse GBAKU