Le verdict est tombé dans l’affaire de la tentative de meurtre visant Sa Majesté Assemien Nogbou, alors roi d’Ebrah, ainsi que quatorze autres victimes, lors des violences survenues le 1er février 2019 dans ce village du sud-est ivoirien. Après plusieurs années de procédure, le tribunal criminel a rendu sa décision le mercredi 29 avril 2026, aux environs de 18h30. À l’issue du procès, quatre accusés — Gnanlin Tchacrè Jean, Kouassi Kouassi Jacques, Kouassi Dago Augustin et Ezoua Bilé alias Wognin Delmas — ont été condamnés à quinze ans de prison ferme. Ils ont été reconnus coupables de tentative de meurtre sur plusieurs personnes, détention illégale d’armes à feu de 5e catégorie, destruction volontaire de biens, incendie volontaire d’immeubles habités et de véhicule, coups et blessures volontaires, ainsi que vol avec effraction en réunion et avec port d’armes. Le tribunal a également retenu contre eux la complicité pour l’ensemble des faits reprochés. Huit autres accusés, notamment Kamagaté Ismaël, Amon Olo Jean-Baptiste, Dago Franck Sacha, Ayemou Beugré Joseph, Aké Jacques Xavier, Koffi Taupet Jacob, Malandjo Koua Pacôme et Amangoua Soumayet Dieudonné, ont écopé de dix années d’emprisonnement ferme pour complicité dans les mêmes faits, à l’exception de la détention illégale d’armes. Sur les quatorze personnes poursuivies dans cette affaire, douze ont été reconnues coupables tandis que deux ont été acquittées. En plus des peines d’emprisonnement, les condamnés ont été frappés de dix ans de privation des droits civiques prévus par l’article 68 du Code pénal. Des sanctions moins sévères que celles réclamées par le ministère public. Lors de son réquisitoire prononcé le 22 avril 2026, le procureur avait requis vingt ans de prison ferme contre l’ensemble des accusés, assortis de dix ans de privation de droits et d’une interdiction de séjour à Ebrah pendant dix ans. Selon lui, les faits traduisent une volonté manifeste d’attenter à la vie du roi et des personnes présentes à ses côtés. Le représentant du parquet avait rappelé que les violences s’étaient produites dans un contexte de crise de succession royale. Ce 1er février 2019, des membres de la génération Bloussoué avaient installé des bâches en vue de l’intronisation d’un nouveau roi, alors que Sa Majesté Assemien Nogbou occupait encore le trône. Le souverain avait alors ordonné le démantèlement des installations, une décision que le procureur a jugée légitime au regard de son autorité traditionnelle. Pour lui, les accusés ont tenté d’imposer une destitution du roi par la force, qualifiant les faits de « véritable coup d’État coutumier ». La défense, assurée notamment par Me Bilé Aka, Me Bléoué Aka et Me Ben Méïté, a plaidé l’absence d’intention criminelle. Les avocats ont soutenu que les événements relevaient davantage d’un mouvement de foule que d’un plan prémédité visant à tuer le roi. Ils ont également contesté l’accusation de tentative de meurtre, estimant qu’aucun acte matériel direct n’avait été posé contre la vie du souverain. Le tribunal n’a toutefois pas suivi cette argumentation, considérant que les quinze victimes avaient échappé à la mort grâce à l’intervention rapide des forces de l’ordre. Au civil, les condamnés devront verser 100 millions de FCFA à la principale victime, Sa Majesté Assemien Nogbou, ainsi que 5 millions de FCFA à chacune des huit autres victimes reconnues dans le dossier. Une décision que l’avocat de la partie civile, le bâtonnier Adjé Luc, a saluée, tout en regrettant une indemnisation qu’il juge insuffisante au regard du préjudice subi.
Paul Elie Kouakou
Afrikmonde.com
