Des lieux sacrés ravagés par le feu
3-3-2025 (AfrikMonde.com) Un bœuf, un poulet blanc, c’est le sacrifice exigé par les génies et les esprits de la forêt Gbôdô, partie en fumée, ravagée par les feux de brousse survenus dans le village de Soungassou, dans la commune de Dimbokro.
Visage grave, un long couteau fixé à la ceinture, Gnamien Ahoutou, le sacrificateur explique difficilement ce phénomène de feu de brousse qui a ravagé le repère des génies protecteurs du village.
« Depuis les temps immémoriaux, nous n’avons jamais enregistré pareille situation. Depuis nos arrières parents, c’est la première fois que cette forêt sacrée part en fumée suite aux deux de brousse et pourtant, Dieu seul sait, les nombreuses campagnes de sensibilisation menées pour nous éviter ces désagréments », a dit le sacrificateur qui craint une colère des génies.
Et pourtant, selon le Préfet de la région du N’Zi, Préfet du département de Dimbokro, Jules Guessé, plusieurs mesures ont été prises dans le cadre de la lutte contre les feux de brousse. « Nous avons installé des comités villageois pour contribuer à freiner les feux de brousse et ces comités ont bénéficié des appuis du Gouvernement et des ONG, qui œuvrent pour la sauvegarde de l’environnement », a soutenu le gouverneur.
Hélas ! malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation liées au phénomène des deux de brousse, les effets escomptés sont loin d’être atteint. Conséquences, ce sont des hectares de plantations et de cultures qui partent en fumée chaque année en période de sécheresse.
Dans le département de Dimbokro, le phénomène des feux de brousse est une réalité amère avec ses incidences sur les productions agricoles qui sont détruites. Les pertes sont gigantesques, mais ne sont pas toujours quantifiées.
« Les paysans ne déclarent pas les destructions. Cette situation se justifie par le fait que dans le monde rural, tout se règle à l’amiable ce qui naturellement fait que nous ne pouvons pas quantifier les pertes. D’autre part, les paysans ne savent pas très souvent l’origine des feux qui sont le fait des éleveurs qui, pendant la saison sèche, mettent le feu à la brousse pour les repousses qui servent d’alimentations aux bêtes. Il y a aussi la chasse aux petits gibiers et comme la prison est déshonorant, on ne dénonce pas les coupables » s’est indigné Gondo Diomandé, Chef du service foncier rural à la Direction régionale de l’Agriculture basée à Dimbokro.
Et pendant ce temps, chaque jour des destructions sont dénombrées dans le monde rural par les feux de brousse. Pour circonscrire le phénomène, le chef du cantonnement des Eaux et Forêts de Dimbokro, le capitaine Soro Ramata, explique que 75 villages ont bénéficié de la mise en place de comité de lutte avec équipements.
« Nonobstant ces mesures draconiennes, le bilan des feux de brousse est alarmant surtout dans le département de Dimbokro. L’année dernière, de novembre 2023 à mars 2024, l’on a enregistré 26 foyers de feu de brousse avec perte de vie humaine à Totokro. De novembre 2024 au 11 février 2025, ce sont 354,75 hectares qui ont été ravagés par le feu, dont 93,25 hectares de forêts de reboisement, 58,5 hectares d’anacarde, 7,5 hectares d’hévéa. Quatre personnes ont été interpellées » a déploré la responsable du cantonnement des Eaux et Forêts de Dimbokro. Dans le seul département de Dimbokro, a-t-elle poursuivi, l’on a dénombré 48 foyers de feu de novembre 2024 au 11 février 2025 contre 26 en 2024.
« A Dimbokro, nous sommes dans une zone chaude. En 2024, nous avons fait 22 interventions pour toute l’année et dans le seul mois de janvier de cette année, nous en sommes déjà à 13 interventions et le mois de mars est dangereux à cause de la préparation des parcelles pour la culture sur brulie. Il faut donc avoir des comportements responsables », a recommandé lieutenant Koffi N’Da Affoué Reine, chef de poste de l’Office national de la protection civile (ONPC).
Dans le département, c’est la désolation totale au sein des populations qui ont pratiquement perdu le fruit de leurs efforts dans les feux de brousse. Deux jours après notre passage à Abigui, une des quatre sous-préfectures du département, des gamins à la recherche de gibiers ont provoqué un énorme feu de brousse.
Frederick Konaté O.
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