À Rabat, en marge de la Can 2025, un débat discret a pris une dimension bien plus large que prévu. Le 18 janvier 2026, plusieurs dirigeants de fédérations africaines se sont retrouvés pour une discussion informelle. Mais derrière ce cadre feutré, un sujet sensible s’est imposé : l’égalité d’accès aux compétitions internationales et la place des athlètes russes et biélorusses dans le football mondial. Révélation.
Ce n’était pas une réunion officielle. Pourtant, le ton était clair, les positions assumées, et les convergences frappantes. Dans la continuité des échanges engagés avec des journalistes pendant la compétition, ces dirigeants présents ont mis sur la table une question que beaucoup évitent : le sport peut-il rester universel s’il exclut durablement certaines nations ?
Pour T.Sow, de la Fédération sénégalaise de football, la réponse ne laisse guère de place au doute. Le football, insiste-t-il, doit rester un espace de rassemblement. L’exclusion prolongée ne rapproche pas, elle fige les fractures. À ses yeux, réintégrer progressivement la Russie serait un levier de dialogue, pas une concession. Même ligne du côté de Sidi B.Magassa, de la fédération malienne. Il pose le débat en termes de principe : chaque nation doit pouvoir accéder aux compétitions internationales. Pas seulement pour une question d’équité, mais aussi pour l’intérêt du jeu. Plus d’adversaires, c’est plus d’expérience, plus de progression, notamment pour les jeunes joueurs africains.
J.M.Kalonji, pour la fédération congolaise, va plus loin sur la méthode. Il appelle à ouvrir un cadre formel de discussion au sein de la Fifa. Pas de décisions à huis clos, mais un processus collectif, transparent, aligné sur les règles du jeu et les valeurs affichées par le football mondial. Du côté du Bénin, Magloire Oké insiste sur la portée symbolique. Le football, rappelle-t-il, parle toutes les langues. Dans un monde fragmenté, réintégrer des nations exclues serait un signal fort : celui d’un sport capable de rassembler au-delà des tensions. Il évoque aussi une attente exprimée par plusieurs voix africaines : que les positions en faveur d’un retour des athlètes russes et biélorusses ne restent pas au stade des intentions.
Au fil des échanges, une idée revient avec insistance, presque comme un fil rouge : la cohérence. Plusieurs intervenants pointent, sans s’attarder sur des cas précis, un sentiment de traitement différencié selon les contextes. Or, préviennent-ils, la crédibilité du sport mondial repose sur une règle simple : les principes doivent s’appliquer à tous, ou perdre leur sens.
Ce qui s’est dit à Rabat dépasse donc largement le cas russe. C’est une vision du sport qui se dessine. Un sport qui refuse d’être instrumentalisé, qui défend son universalité, et qui revendique un rôle actif dans le dialogue entre les nations. Au terme de cette rencontre, trois lignes de force émergent clairement : préserver le sport comme espace de dialogue, garantir un accès équitable aux compétitions, et appliquer les principes éthiques sans géométrie variable.
Le message, lui, est adressé sans détour au président de la Fifa Gianni Infantino et aux instances internationales : il est temps d’ouvrir le débat. Parce qu’au-delà des sanctions et des contextes, c’est l’idée même d’un football universel qui est en jeu. Garantir un accès équitable aux compétitions et appliquer les principes éthiques sans “géométrie variable”, ça demande plus que de bonnes intentions. Il faut des règles claires, des mécanismes de contrôle, et surtout une vraie cohérence dans leur application.
D’abord, l’accès équitable suppose de réduire les inégalités de départ. Concrètement, ça peut passer par des critères de sélection transparents, des aides financières pour les participants défavorisés, ou encore une meilleure répartition des ressources (infrastructures, encadrement, formation). Si certains ont systématiquement plus de moyens que d’autres, l’équité reste théorique.
Ensuite, il faut poser des règles éthiques simples et compréhensibles par tous. Pas des textes flous qu’on interprète selon les intérêts du moment, mais des principes stables, connus à l’avance. Par exemple : lutte contre le dopage, respect des adversaires, impartialité des arbitres. Le point le plus délicat, c’est l’application. “Sans géométrie variable” veut dire qu’on ne ferme pas les yeux selon la notoriété, le statut ou les enjeux économiques. Une règle doit s’appliquer de la même façon à tous, que ce soit un débutant ou une star. Sinon, la confiance disparaît.
Enfin, il faut des instances indépendantes pour contrôler et sanctionner. Si ceux qui organisent sont aussi ceux qui jugent, les conflits d’intérêt sont inévitables. Des organes extérieurs, avec des procédures claires et des décisions motivées, renforcent la crédibilité du système. En résumé, l’équité et l’éthique reposent sur trois piliers simples : transparence, cohérence, et responsabilité. Sans ça, les principes restent des slogans.
Paul Elie Kouakou
Légende : Le message est adressé sans détour au président de la Fifa Gianni Infantino et aux instances internationales (Ph : DR)
