
Abidjan, 06-11-2019 (afrikMonde.com) « C’est le maire de la commune de Yopougon qui a autorisé la démolition de nos commerces. L’Eglise catholique St Joseph en est également responsable. Je suis déboussolée. Je n’ai pas d’autres ressources financières », pleure Mme K. Véronique, 40 ans, mère de 2 enfants en bas âge, assise sur les décombres de son établissement qui vient de céder aux assauts des bulldozers. Entre deux larmes, la victime dénonce l’acte des agents de la maire. Selon elle, des lettres de mise en demeure leur ont été adressées cette année au cours du mois de Juillet, sans que la date de démolition y figure.
C’est donc avec surprise qu’ils ont été réveillés par les tracteurs des autorités municipales. « Les agents de la mairie, sont arrivés tôt le matin, avec leurs machines sans toutefois nous informer d’une quelconque action la veille », se plaint K. Véronique qui espère trouver un autre espace pour exercer son activité. Pour l’heure, elle envisage de s’installer dans une sorte de défiance. « Je m’achèterai un parasol pour m’y installer à nouveau, juste pour retenir ma clientèle, surtout à cause des fêtes de fin d’année qui approchent », soutient-elle.
A quelques mètres de là, le même décor est offert chez M. N’Dri Daniel, la soixantaine révolue et propriétaire de bar climatisé. Tout en admettant qu’ils ont tous reçu des mises en demeure, il dit être également surpris par cette démolition, d’autant que, « la mairie avait promis la faire après les fêtes de fin d’année. » 1 million FCFA, telle est l’évaluation des dégâts matériels et le préjudice à supporter par le propriétaire dudit bar dont le manager, chargé de la communication, K. Sylvain, 46 ans et père de 02 enfants craint le chômage. « Mon emploi est menacé. Nous sommes en plein dans les préparatifs des fêtes de fin d’année et voilà que notre établissement vient d’être détruit », regrette-t-il. Face aux nombreuses charges, notamment les droits du Bureau ivoirien des droits d’auteurs, la patente, la taxe de nuit et le salaire des employés composés de 10 personnes, K. Sylvain espère une aide des autorités compétentes pour le réaménagement de son établissement. « Nous souhaitons que les autorités nous apportent une sorte de dédommagement pour le réaménagement de nos commerces », plaide-t-il.
Quant à son voisin immédiat, W. Daniel Disc-jockey dans un maquis, qui a vu son établissement totalement rasé, reconnaît avoir violé les lois qui régissent la construction d’un immobilier. « Nous sommes conscients de n’avoir pas respecté les normes de construction. Des poteaux électriques et téléphoniques se retrouvaient dans nos maquis et bars. Le seul hic est que nous n’avons pas été prévenus pour la démolition ce jour.»

Avec un petit sourire amer, il regrette que l’intervention de la mairie soit faite après que son établissement a été rénové pour les fêtes de fin d’année, à coup de millions FCFA. Il attend donc le réaménagement de la voie en cours, pour se réinstaller, tout en respectant cette fois-ci, les normes en la matière. Le président des propriétaires de maquis de ‘’Gabriel gare’’, M. Koutouan Joseph, propriétaire du Zeliss Bar, sans toutefois battre en brèches les propos de ses prédécesseurs, avoue : « Ils nous ont demandé d’être derrière les poteaux électriques et téléphoniques. Nous n’avons pas résisté, parce que nous ne sommes pas dans la légalité. Seulement, nous aurions souhaité que cela se fasse après les fêtes. Mais, le directeur technique de la mairie, M. Yéo, nous a confié que l’église catholique de Gabriel gare a sollicité le district d’Abidjan pour le reprofilage de la voie en question, en marge de la célébration de leur 25e anniversaire.»
Avec l’air déconcerté, même s’il reconnait avoir été prévenu depuis le mois de juillet dernier, il n’occulte cependant pas le fait qu’il a été surpris par cette ‘’brusque’’ démolition. « Logiquement des croix rouges devraient êtres mises sur les établissements en cause, ce qui n’a pas été le cas », dit-il.
Dans la foulée, il a fait mention du grand espace de Gabriel gare partant du ‘’Sable’’ jusqu’au ‘’Carrefour nouveau goudron’’ qui connaîtra des travaux de réhabilitation les prochains jours. « Les femmes du marché ne sont pas concernées par le déguerpissement », précise-t-il, au passage.A l’en croire, ils bénéficient de trois mois de sursis pour la mise en exécution de la démolition de tous les commerces installés sous la haute tension de ladite gare. Là-dessus, ils implorent tous la clémence de l’Etat de Côte d’Ivoire pour exercer en toute quiétude leur activité. « Nous souhaitons que l’Etat nous laisse travailler car nous avons sollicité des prêts bancaires pour asseoir nos commerces », plaide le patron des propriétaires de maquis de Yopougon.
Accusée, l’Eglise catholique St Joseph se défend

Accusée à tort ou à raison, l’Eglise catholique St Joseph s’explique, « Le curé Alphonse Yao a rencontré tous les riverains et propriétaires de maisons pour leur faire part de la nécessité d’assainir le quartier, mais il a buté sur une fin de non recevoir. Pourtant, les eaux usées causent d’énormes préjudices aux responsables et fidèles ainsi qu’à la radio nationale catholique qui se meurt. La voie menant vers leur maison étant en état de dégradation avancée », indique un fidèle de l’Eglise qui a requis l’anonymat, avant de d’admettre que l’église qui célèbre son 25e anniversaire entreprend depuis l’an dernier des démarches en vue d’assainir ce tronçon. « Depuis l’année dernière nous organisons des rencontres avec les différentes communautés de sorte à trouver une solution à ces eaux usées qui constituent un frein à notre épanouissement sans que les mis en cause ne daignent lever le petit doigt. Finalement, les autorités municipales et les responsables de l’église ont décidé de prendre les choses en main. La voie sera donc bitumée pour faciliter l’accès de l’église à nos responsables et aux fidèles », a-t-il noté.
Les victimes quant à elles, essaient tant bien que mal de sauver les meubles, en attendant le bitumage définitif de la voie.
Opportune BATH
